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Écrit par Jean-Luc Pouthier
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Pierre-Yves Madignier, paroissien de Saint-Antoine des Quinze-Vingts, est directeur général-adjoint d’ERDF, réseau de distribution d’électricité de France. Depuis le 20 octobre 2010, il est aussi président d’ATD Quart Monde France, un mouvement qu’il a rencontré à la in des années 1970, alors qu’il était élève de l’Ecole polytechnique, et dont la vocation est d’agir avec les très pauvres pour faire évoluer la société. Le nom ATD, initiales à l’origine d’Aide à toute détresse, est devenu depuis 2009 « Agir tous dans la dignité ». Pierre-Yves Madignier a accepté de présenter le mouvement qu’il préside aux lecteurs de Paris XII.
Paris XII : Comment devient-on membre d’ATD Quart Monde ?
Pierre-Yves Madignier : En acquittant une cotisation de 8 euros et en manifestant que l’on s’engage pour la destruction de la misère.
Rien de plus et rien de moins !
C’est l’une des singularités d’ATD, mais ce n’est pas la seule. Le mouvement a été créé par un prêtre, Joseph Wresinski (1917-1988),mais il est non-confessionnel. Le père Joseph était lui-même issu d’un milieu très pauvre. En 1956, après dix années d’apostolat dans des paroisses ouvrières et rurales, son évêque lui a proposé de rejoindre un camp de sans-logis à Noisy-le-Grand, en région parisienne. Là, il a acquis la conviction que la misère n’est pas une histoire individuelle, mais celle d’un peuple, son propre peuple. Et il s’est donné pour objectif de permettre à ces personnes de reconnaître leur histoire et leur appartenance à ce peuple.
Par quels moyens ?
Pas par l’assistance, que le père Joseph considérait comme faussant la relation, mais par un mouvement citoyen et politique. Il s’agit de mettre les plus pauvres au cœur de la société. Si l’on réussit à détruire la misère pour les plus pauvres, en ayant conscience qu’ils ne peuvent pas se libérer seuls, alors cela proitera à l’ensemble de la société. Cela passe donc par une présence auprès d’eux, qui fait appel à toutes les ressources du savoir, y compris l’art et la culture. A Noisy-le-Grand, le père Joseph a créé - entre autres - un atelier, mais aussi une bibliothèque.
Il estimait que « Ce n’est pas tellement de nourriture, de vêtements qu’avaient besoin tous ces gens, mais de dignité, de ne plus dépendre du bon vouloir des autres. »
Comment êtes-vous organisés ?
Notre mouvement compte 400 permanents qui se sont engagés à vivre dans la solidarité auprès des personnes en situation de grande pauvreté. Ils pratiquent une péréquation des revenus (de l’ordre de 550 euros par mois pour un célibataire et une aide au logement). Leur rôle est d’abord d’accompagner les familles pour qu’elles puissent faire valoir leurs droits, au logement, à l’emploi. Ils ne s’en tiennent toutefois pas là. Ils ont aussi le souci de recueillir ce qu’est la vie de ces hommes et de ces femmes, de le mettre par écrit, et de permettre ainsi de mieux connaître ce qu’est la grande pauvreté. J’insiste sur ce point : nous mettons beaucoup d’énergie dans cette démarche de recherche et de connaissance. A côté de ces permanents, nous comptons aussi sur le concours de 10 000 adhérents, qui nous apportent leur aide dans la mesure de leurs compétences ou de leurs disponibilités. Aujourd’hui, ATD souhaite renforcer le nombre de ces adhérents.
La crise inancière et économique des trois dernières années vous a-t-elle fait connaître de nouvelles formes de précarité ?
Bien sûr. Tous les indicateurs de la précarité se dégradent, à l’exception peut-être du logement, pour lequel la loi sur le Droit au logement opposable (Dalo) commence à produire quelques effets. Comme je l’ai déjà souligné, nous ne sommes cependant pas seulement attentifs aux questions économiques et monétaires, parce que la grande pauvreté, c’est un cumul de dificultés de tous ordres. Notre premier souci est aujourd’hui que les enfants s’en sortent ; et notre combat prioritaire, c’est l’école. La grande pauvreté est une condition qui se transmet sur des générations. Nous devons rompre avec cet héritage infernal. Nous sommes en train de mobiliser les enseignants - à travers leurs syndicats - et les organisations de parents d’élèves, pour que le regard des plus pauvres nous amène à changer quelques éléments essentiels dans l’école, dans son organisation, dans sa pédagogie. Notre but est que, pour ceux qui vivent dans la misère, l’école ne soit plus le lieu de l’échec (pour eux) ou des problèmes (pour l’institution). Nous avons mis en place des projets pilote et l’accueil de tous est toujours favorable.
Votre action se limite-t-elle à la France ?
Les trois-quarts des volontaires d’ATD Quart Monde sont en dehors de France. Dans les pays du Tiers Monde, ils n’arrivent pas non plus avec de l’argent, mais pour partager la vie des plus pauvres. Et ils rencontrent des situations en in de compte très proches de celles que nous connaissons en France. |
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Écrit par Bernard Stoven
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Aimez-vous les uns les autres » demande le Christ. Bien sûr, mais quels autres ? En premier lieu, nos proches ! Les familles s’éclatent, se recomposent, se dispersent, éprouvent des dificultés à se retrouver, sereinement. On a du mal à se supporter ! A plus forte raison, quand il s’agit de ses voisins de quartier. Les connaissons-nous vraiment ? Nous nous croisons dans les couloirs des immeubles, aux stations de métro, chez les marchands. En préconisant le « chacun pour soi », notre société individualiste cloisonne les espaces et freine les échanges. On se garde de se montrer indiscret, on tourne la tête ; on ne voit donc pas la souffrance de l’autre, son angoisse ; on passe insensiblement à côtés de drames. « Tais-toi et consomme ! », nous demandent les enseignes de la grande distribution, qui, sans relâche, nous stimulent par des publicités matérialistes, lattant l’avoir plus que l’être.
Pourtant, la vie d’immeuble nécessite des attentions constantes, pour faire silence aux heures de sommeil, pour veiller à la propreté des lieux et pour rendre service à celui qui est dans le besoin ; chacun est responsable de l’autre, c’est-à-dire du « bien vivre ensemble ».
Et puis, dans le voisinage, nous apercevons des têtes étranges ; on hésite à entrer en contact : cette personne n’est-elle pas en situation irrégulière, c’est-à-dire sans papier ? Que fait-elle là ? On ne se pose pas forcément la question : « Pourquoi est-elle là ? ». Ce migrant a peut-être décidé de rompre avec la misère, sur demande de son entourage, lequel s’est cotisé pour l’envoyer gagner de l’argent ailleurs, là où c’est encore possible.
Ces personnes venues d’Afrique, des rivages de l’Océan Indien, d’Asie ou d’Amérique Latine ont quitté leur nation, non sans dificultés, pour tenter leur chance chez nous et pour renvoyer des subsides « au pays » (l’argent transféré par les migrants est supérieur à l’aide au développement !). C’est la raison pour laquelle, il faut être attentif aux autres et essayer de remédier aux dificultés des pays d’où proviennent les migrants. Il convient de redonner espoir, de militer pour une solidarité respectueuse de la culture locale et des conditions d’existence sur place. Les pays du sud sont confrontés aux intempéries, aux inondations catastrophiques, aux pannes d’électricité, aux sécheresses dramatiques. Ils se débattent dans un environnement de plus en plus aléatoire. Des bénévoles, issus des associations plaidant la solidarité vous invitent à rejoindre les actions entreprises dans le XIIe arrondissement. |
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Aux Captifs la Libération |
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Écrit par Lisette Amirault
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Notre association « Aux captifs, la libération » a été fondée en 1981 par le père Patrick Giros. Elle est agréée par les pouvoirs publics, ce qui institutionnalise le travail social qui y est décliné depuis maintenant plus de trente ans. L’association a pour mission d’aller à la rencontre des personnes qui vivent une situation d’exclusion, principalement les personnes sans domicile et celles en situation prostitutionnelle. C’est une association catholique ainsi qu’un mouvement ecclésial dans la mesure où elle développe son action à partir des paroisses parisiennes. Quatre « antennes » existent à Paris dont une dans le 12ème rattachée à la paroisse de l’Immaculée Conception, 15 rue Marsoulan.
Rattachée au diocèse de Paris, l’association porte particulièrement une mission évangélique et ecclésiale dans la rue à la suite du Christ « venu apporter aux pauvres la bonne nouvelle et aux captifs la libération.» (Luc, 4,18) La prière est vitale pour porter toutes les actions. On prie avant de « tourner ». Par cette prière, la mission est confiée à l’Esprit. On prie avec les personnes de la rue dans les « prières-rue » organisées chaque mois et réunissant les personnes accueillies, les paroissiens, les permanents et bénévoles de l’antenne. Enfin on prie pour les personnes de la rue au travers d’un réseau de prière qui s’est tout naturellement institué et qui réunit aujourd’hui plus de deux cents « priants ».
L’Antenne du 12ème arrondissement
Sa création remonte à 1992 et son implantation s’est effectuée sur la paroisse de l’Immaculée Conception. Aujourd’hui ce sont six permanents salariés et une trentaine de bénévoles qui œuvrent principalement sur les territoires des places de la Nation et de Daumesnil ainsi qu’au Bois de Vincennes. Dix tournées rue hebdomadaires en moyenne sont assurées. Elles s’organisent toutes de la même façon en déclinant trois valeurs fondamentales du projet associatif : la fidélité, la gratuité et l’inconditionnalité.
La fidélité s’incarne dans la constance du trajet, de l’horaire et de la composition du binôme.
La gratuité, selon le principe « les mains nues », consiste à d’abord proposer sa présence et non une prestation ou un service. Bien évidemment, l’urgence de certaines situations nécessitent d’appeler le 115 ou les pompiers afin d’assister la personne rencontrée… Mais le don à faire est d’abord celui de sa propre personne : se donner soi-même par cette présence offerte fidèlement, qu’il pleuve, qu’il neige ou que la canicule sévisse, être là et ainsi témoigner que l’autre – celui qui est rencontré – a du prix à nos yeux et du prix aux yeux de Dieu.
L’inconditionnalité consiste à ne pas choisir celui ou celle que je vais rencontrer. C’est là aussi s’en remettre entièrement au Seigneur. Lors d’une tournée rue on rencontre des personnes que nous connaissons déjà, d’autres nous sont inconnues, et d’autres encore que nous ne faisons que saluer n’étant pas certains qu’ils soient à la rue.
Nous recevons collectivement les usagers Rue Marsoulan les mardi après midi (14 h – 17 h) et jeudi matin (9h30 – 10 h 30) pour les personnes de la rue et le lundi après midi (14 h – 17 h) pour les femmes en situation prostitutionnelle.
L’accroissement des personnes à la rue est le symptôme visible des dysfonctionnements de notre société. En effet, bien peu d’entre elles ont choisi cette vie dégradante, destructrice. Mais la représentation du clochard marginal, libre, joyeux et s’adonnant à l’alcool sous les ponts de Paris a encore la vie dure ! A la rue, ce sont misères, détresses et souffrances que nous rencontrons quotidiennement.
Pour un chrétien, la charité n’est pas optionnelle ! Comme le disait bien haut le slogan de notre dernier Festival de la Rue en mai 2010 sur le parvis de Notre Dame : « face à l’exclusion, osons la rencontre ». Et chacun d’entre nous ne sommes nous pas aussi esclaves de nos propres pauvretés ? En faisant église avec les gens de la rue, c’est bien nous aussi que le Christ fait grandir dans la foi. |
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